Édouard Philippe s’apprête à créer son mouvement

L’ex-Premier ministre pourrait lancer un parti politique courant octobre. Histoire de peser et surtout de mettre toutes les chances de son côté pour… 2027.

Si Édouard Philippe doit normalement se ranger derrière Emmanuel Macron pour 2022, il affûte d’ores et déjà ses armes pour la suite. AFP/François Lo Presti
Si Édouard Philippe doit normalement se ranger derrière Emmanuel Macron pour 2022, il affûte d’ores et déjà ses armes pour la suite. AFP/François Lo Presti

Par Marcelo Wesfreid Le 3 septembre 2021 à 18h59

« Un parti politique. » Les mots ne sont plus tabous dans la bouche de l’entourage proche d’Édouard Philippe. Voilà la forme que pourrait revêtir le mouvement que s’apprête à fonder le maire du Havre. L’ex-Premier ministre réunit ses amis dans sa ville dans la première quinzaine d’octobre pour expliquer son projet. « Ce ne sera pas un think tank mais un mouvement avec des instances », insiste un fidèle. Un autre précise : « Un parti, cela sert à produire des idées et à présenter des candidats ».

Justement : si le maire du Havre doit — sauf énorme surprise — se ranger derrière Emmanuel Macron pour 2022, il affûte d’ores et déjà ses armes pour la suite. « Il reste 25 ans de carrière à Édouard Philippe. Si Emmanuel Macron est réélu, le président ne pourra plus briguer un troisième mandat d’affilée. C’est interdit par la Constitution. Cela ouvre le jeu. Édouard Philippe est fondé à se projeter pour la bataille de 2027, ce n’est pas une démarche agressive », analyse un ministre influent. Avant même que les urnes aient parlé, les manœuvres de l’après-Macron ont bel et bien débuté.

« Pour peser dans le prochain quinquennat, Édouard Philippe aura besoin d’avoir des députés qui le soutiennent, un groupe à l’assemblée… » poursuit ce ministre. C’est l’intérêt d’un parti, structure capable de négocier avec ses partenaires de la majorité des circonscriptions, de recevoir des dons de particuliers en partie défiscalisés, d’être en mesure d’emprunter de l’argent auprès des banques pour mener campagne, etc. Cela passera-t-il par un retour au parlement ? Certains Marcheurs imaginent Édouard Philippe briguer le perchoir de l’Assemblée nationale — un scénario qui n’est pas du goût de l’actuel président Richard Ferrand.

Il sera interviewé dans une émission télé, la semaine prochaine

En attendant, fort d’insolents sondages de popularité, Édouard Philippe poursuit son tour de France des librairies pour signer son ouvrage « Impressions et lignes claires », coécrit avec son ami Gilles Boyer. Déjà plus de 44 haltes, dont la dernière en date à Lille. Il sera bientôt à Genève (21 septembre), puis fera une escapade en Belgique pour parapher son essai.

Son agenda s’accélère en cette rentrée puisque l’ancien locataire de Matignon sera interviewé dans une émission télé, la semaine prochaine. Parallèlement, le pudique Édouard Philippe lève un peu le voile sur son expérience du pouvoir dans le livre publié, le 9 septembre, par le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, Tugdual Denis (« La vérité sur Édouard Philippe » chez Robert Laffont).

À l’issue de longues conversations avec le journaliste, Édouard Philippe esquisse quelques chantiers qui lui seraient chers comme une réforme des retraites avec recul de l’âge légal de départ — « Moi j’aurais même dit 65 ans », confie-t-il dans l’ouvrage — la privatisation du fonctionnement au quotidien de l’enseignement, une réforme profonde de l’État, la lutte contre un rythme de l’immigration « pas maîtrisé », etc. Bref, une ossature idéologique clairement ancrée à droite. Cette droite macron-compatible que l’ancien juppéiste, qui n’a jamais voulu adhérer à LREM, va tenter de séduire dans les prochaines semaines. Pour en devenir le porte-drapeau. À Tugdual Denis, il glisse : « Faire campagne. J’adore ça. »