Sarah Knafo, l’incontournable conseillère d’Éric Zemmour

Pièce maîtresse de la précampagne d’Éric Zemmour, cette jeune énarque de 28 ans s’est imposée comme la principale conseillère de l’essayiste. Véritable tour de contrôle, Sarah Knafo verrouille tout, organise tout. Mais qui est-elle donc ?Par Jules TorresPublié le 30 septembre 2021 à 9h00 Mis à jour le 29 septembre 2021 à 23h21

La cheville ouvrière et intellectuelle d’Éric Zemmour arbitre toutes les décisions. Photo © DR

Ses yeux se lèvent sur la foule et se reposent aussitôt. Il la fixe sans arrêt, assise au premier rang, la prenant comme point de repère. Ce soir-là, à Nice, plus d’un millier de personnes écoutent religieusement Éric Zemmour présenter son nouveau livre, La France n’a pas dit son dernier mot. Lorsqu’il a un trou de mémoire, l’essayiste peut compter sur Sarah Knafo pour lui glisser des notes qu’elle prendra soin de récupérer aussitôt la conférence terminée. Une campagne – même quand elle ne dit pas son nom – se joue sur des détails.

Zemmour s’en remet à une jeune femme de 28 ans sortie dans la “botte” de l’Ena. S’il se lance dans l’aventure, Sarah Knafo sera le moteur principal de la machine. Mais ne l’est-elle pas déjà ? Elle rédige les fiches de l’éditorialiste, pilote le comité opérationnel, organise les réunions et s’occupe des recrutements. C’est elle qui a choisi le communicant Olivier Ubéda, ancien proche de Nicolas Sarkozy, pour la tournée promotionnelle du livre. « Ses équipes, elle sait les manier comme un berger son troupeau », confie un proche. En juillet, les zemmourophiles trustent les plateaux télé. Trop à son goût. Elle leur donne l’ordre de ne plus s’y rendre. Ils s’exécutent. La jeune femme arbitre toutes les décisions. Quand une tribune d’anciens élus RN s’apprête à voir le jour, elle la désamorce pour éviter de rentrer trop rapidement dans la campagne. En parallèle, elle gère les 23 pôles thématiques et charge une poignée de militants dans chaque département de la collecte des 500 signatures nécessaires. L’ensemble des candidatures passe par elle. Elle dispense même des cours de media training aux jeunes loups qui iront défendre Zemmour sur les chaînes d’info.

Elle a un cerveau exceptionnel et n’a franchement rien à envier à Stefanini

Jeune et talentueuse, elle impressionne. À 16 ans, Sarah Knafo déclarait déjà : « Je veux être Marie-France Garaud ! » Elle a été élevée à l’école de cette éminence grise qui aidera Jacques Chirac à fonder le RPR, et que ses adversaires surnommaient la “Machiavel en jupons”. C’est en 2015 que les deux femmes se rencontrent pour la première fois, lors d’un colloque. « Vous me faites penser à moi plus jeune, lui dira-t-elle. Venez prendre le thé chez moi, un dimanche. » Sarah y viendra chaque dimanche durant six mois.

Consciente que sa jeunesse et son inexpérience lui seraient reprochées, elle tente de trouver un directeur de campagne pour Zemmour. Elle songe à Patrick Stefanini, l’homme qui a fait gagner Chirac en 1995, Pécresse en 2015 et Fillon en 2016, et dont les analyses chiffrées sur l’immigration servent de références à Zemmour. « Elle a un cerveau exceptionnel et n’a franchement rien à envier à Stefanini, affirme un cadre LR. Son inexpérience peut être son point fort car elle sera capable d’imaginer des choses nouvelles. Mais pour réussir, elle ne doit pas se laisser influencer par des personnes moins brillantes. » Si cette proche de Zemmour est assurément dotée d’un sens politique et médiatique au-dessus de la moyenne, saura-t-elle être chef ? Le chantre de l’union des droites Paul-Marie Coûteaux abonde en ce sens : « Éric écoute Sarah et Sarah écoute Éric. Ils forment un parfait binôme. »

Discrètes rencontres

Les deux se connaissent depuis près de dix ans. En 2017, il encourage la jeune femme à passer le concours d’entrée de l’Ena, où elle est reçue et intègre la promotion Molière (2018-2019). Si elle a déjà participé à la campagne d’Henri Guaino en 2016, elle commence, dans l’ombre, à faire de la politique et met à disposition son appartement de la rue Bonaparte pour organiser de discrètes rencontres. En mai 2019, Éric Zemmour y partage un verre de rosé avec Marion Maréchal. En février dernier, Nicolas Dupont-Aignan et Laurent Wauquiez se succèdent dans une nouvelle demeure située boulevard Saint-Michel. La porte de l’appartement donne sur le cabinet de l’avocat de la famille Traoré. Yassine Bouzrou ne manque pas de s’étonner auprès de sa voisine des « personnalités sulfureuses » qui embouteillent les couloirs.

Un jour, alors qu’elle brunche avec des amis, Sarah Knafo presse ces derniers de partir. Elle doit se rendre à un rendez-vous très urgent chez un personnage mystérieux. Jacques Attali, le grand prêtre de la mondialisation heureuse, s’impatiente, tout heureux de pouvoir converser avec cette brillante intellectuelle dont il a fait connaissance dans un avion. Lorsque, plus tard, il apprendra les liens que la jeune femme entretient avec Zemmour, l’ancien conseiller spécial de Mitterrand décide de couper court à leurs échanges. D’autres n’ont pas les mêmes préventions : Xavier Niel, le tout-puissant patron d’Iliad, discute volontiers avec Sarah Knafo, même au mitan de la nuit.

Sarah est séductrice, enjôleuse et sait s’adapter à merveille à ses interlocuteurs

Ses réseaux sont conséquents : patrons de presse, personnalités politiques, préfets, chefs d’entreprise. « Sarah est séductrice, enjôleuse et sait s’adapter à merveille à ses interlocuteurs », souligne un ami. Avec ses contacts, elle correspond surtout via la messagerie cryptée Telegram. Ce qui n’empêche pas son portable de sonner sans interruption. Lors du déplacement à Nice, elle demande même aux journalistes un chargeur. « À 11 heures, mon téléphone est déjà déchargé », explique-t-elle.

Aujourd’hui, deux petites mains l’aident à gérer son agenda et ses rendez-vous. Sans organisation, impossible d’y voir clair. Sarah Knafo a la tête bien faite. Bac S, licence d’économie, master d’affaires publiques à Science Po Paris, tout pour réussir. Au sein de la prestigieuse école parisienne, elle cofonde Critique de la raison européenne, une association qui entend faire émerger les idées souverainistes. Elle anime des conférences et reçoit des personnalités comme Emmanuel Todd, Hubert Védrine ou Alain Finkielkraut. Ce qui lui permet d’étoffer son carnet d’adresses déjà bien fourni.

Un carnet d’adresses fourni

Elle devient ensuite collaboratrice parlementaire du député LR Didier Quentin, découvre le ministère de l’Intérieur, travaille à l’ambassade de France en Libye, et prépare le G7 de Biarritz. Pendant la crise du Covid, Sarah Knafo effectue un stage à la préfecture de Saint-Denis. Le préfet demande du renfort. Elle fait partie des volontaires et croise l’ancien conseiller politique de François Hollande à l’Élysée Aquilino Morelle.

En sortant de l’Ena, elle atterrit à la Cour des comptes, où son nom ne tarde pas à être connu. Les jeunes macronistes la dévisagent. Quand Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, lui reproche sa proximité avec Zemmour, d’autres vieux caciques de l’institution de la rue Cambon viennent en toute discrétion la féliciter pour son engagement auprès de l’essayiste. Elle se sait sous surveillance. Son engagement bénévole auprès de Zemmour est problématique. Le 17 septembre, elle demande sa mise en disponibilité jusqu’au 30 novembre, période reconductible (la présidentielle se termine en avril 2022).

La campagne lui demande beaucoup de temps et elle souhaite protéger la Cour devant la médiatisation. C’est elle qui a préparé le débat face à Jean-Luc Mélenchon sur BFM TV, en choisissant notamment les thèmes avec l’insoumis Manuel Bompard. En juillet dernier, nous lui demandions quand Zemmour affronterait un poids lourd lors d’un débat. Elle nous répondait, pleine de malice et de gourmandise : « Macron ? 15 avril 2022 ? »