Les militants de l’UNI en faveur d’une candidature Zemmour

Le syndicat étudiant de droite proche des Républicains semble attiré par une candidature Zemmour compte tenu de la « centrisation » de Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Par Kévin TanguyPublié le 29 septembre 2021 à 7h00

Eric Zemmour semble attirer la jeunesse de droite au détriment des candidats Républicains. ©BUFKENS CEDRIC/SIPA

« La base LR demande autre chose mais ses chefs regardent ailleurs », a dénoncé dimanche Eric Zemmour, invité à s’exprimer lors de la Journée du conservatisme, organisée par le Mouvement Conservateur (anciennement Sens commun). Le journaliste pas encore candidat en a profité pour vilipender la direction du parti de droite. « LR est devenu depuis longtemps un parti de notables centristes qui a trahi l’héritage du général de Gaulle », a-t-il ajouté. A peine son discours terminé, l’éditorialiste se hâtait dans les escaliers du théâtre Armande Béjart, à Paris, pour rejoindre la sortie, tout en prenant le temps de serrer les mains qui se tendaient vers lui. En arrivant près de la sortie, sous les cris des sympathisants « Zemmour, Zemmour, Zemmour », ce dernier s’est arrêté devant le stand de l’Union nationale interuniversitaire (UNI). Pas mécontents de le voir approcher, les militants du syndicat étudiant lui ont tendu une affiche qu’Eric Zemmour a dédicacé avec plaisir. Ils ont déjà prévu de l’encadrer et de l’accrocher au siège de leur syndicat. « Fais gaffe que ça ne s’efface pas ! », ont même supplié certains dans des groupes de conversation privée. Mais comment expliquer l’engouement de ces jeunes pour l’ancien chroniqueur de Face à l’info alors que leur syndicat est réputé proche des Républicains ? 

« La droite fière de ses valeurs »

A propos de la candidature Zemmour, les militants de l’UNI marchent sur des œufs. La structure ne soutient aucun candidat et les militants sont libres de leur choix. « On ne soutient personne, on soutient des idées. Notre rôle est de faire avancer tout le monde dans le même sens, peu importe qui porte nos idées », veut rassurer le président de l’UNI, Olivier Vial. Mais il faut avouer que la question s’est rarement posée pour ces jeunes de droite. Certains confient que jusqu’à François Fillon, tous les candidats de la “droite traditionnelle” assumaient des idées fortes. « Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ne répondent pas aux aspirations d’une jeunesse de droite qui en a marre de la langue de bois et qui veut défendre fièrement ses convictions sans demi-mesure », affirme ainsi Jacques Smith délégué national de l’UNI. Les attentes des militants sont grandes et le duo Bertrand-Pécresse ne les satisfait pas, tout comme Marine Le Pen. « L’offre politique actuelle ne correspond pas aux attentes de la jeunesse de droite, c’est pour cela qu’elle rejoint l’UNI pour prendre une pile de tracts, combattre la gauche sur le terrain et mener le combat idéologique dans les universités », ajoute Jacques Smith. Une seule personne semble pouvoir combler ce vide immense aujourd’hui : Eric Zemmour. 

Certains voient dans l’éditorialiste le combat qu’ils mènent chaque jour dans les universités. Les déclarations du presque candidat viennent percuter le réel et permettent de libérer la parole. « Les jeunes sont confrontés tous les jours à la domination des étudiants et professeurs woke. Le fait que Zemmour puisse s’exprimer librement a créé un engouement autour de lui auprès des étudiants de droite », confie un militant de l’UNI, qui souhaite garder son anonymat. Le mot “orphelin” revient dans la bouche de nombreux militants, qui avaient espéré une candidature du président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Les jeunes de droite, soucieux de sauver leur pays, leur culture, leur civilisation sont orphelins, notamment après que Wauquiez est décidé de ne pas y aller », souffle ainsi le délégué national de l’UNI, Jacques Smith. Dès lors, Eric Zemmour est la seule personne à leurs yeux à pouvoir s’engager dans la bataille présidentielle. Depuis que la candidature de Zemmour ne fait plus de doute, le syndicat constate même une augmentation du nombre de ses adhérents. Cependant le président de l’UNI s’interroge : « Est-ce que la sympathie va se transformer en vote ? » Pour lui, il est « trop tôt pour avoir une vraie analyse ».

Pourtant, l’éditorialiste avait été invité de manière chaleureuse au siège des Républicains. Laurent Wauquiez avait même déclaré lors de le conférence « vous êtes ici chez vous ». Entre temps, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont décidé de quitter le parti, en divergence avec la “ligne Wauquiez”. « Par stratégie électorale, ils se centrisent pour concurrencer Emmanuel Macron », détaille Jacques Smith. Le choix de Valérie Pécresse d’aller débattre avec le député communiste Fabien Roussel à la fête de l’Humanité tout en refusant de participer à la Journée du conservatisme a laissé un goût amer. Mais alors pourquoi la direction LR bascule-t-elle au centre alors que sa base militante penche bien plus à droite ? Il faut dire le traumatisme des élections européennes de 2019, avec les 8 % récoltés par la tête de liste François-Xavier Bellamy et sa ligne conservatrice, reste encore dans toutes les esprits. Les études d’opinion publiées récemment confirment qu’Eric Zemmour capte les électeurs qui avaient voté pour François Fillon en 2017. Pour les militants de l’UNI, l’accueil réservé au polémiste dimanche dernier, au cours de la Journée du conservatisme, est en tout cas une preuve concrète de compatibilité. L’avenir dira si leur stratégie était la bonne.

François-Xavier Bellamy ne ferme pas la porte à la participation d’Éric Zemmour au congrès LR

Invité de la matinale de Public Sénat, François-Xavier Bellamy est revenu sur le futur congrès des Républicains qui désignera le candidat de sa famille politique


F-X. Bellamy : « Je ne vois pas ce qui empêcherait » la participation d’E. Zemmour au congrès LR

01:35

Zemmour or not Zemmour ? Difficile pour Les Républicains d’esquiver la question de leur rapport au polémiste, au moment où la droite s’apprête à désigner son candidat pour la prochaine élection présidentielle. La direction du parti semble vouloir écarter la possibilité d’un rassemblement des droites sous les bannières du chantre du « suicide français. » Mais, à entendre François-Xavier Bellamy, tout le monde n’est pas de cet avis au sein de LR.

« Qui d’autre que les électeurs de droite peuvent dire s’il partage les valeurs de la droite ? »

Sur la procédure, le député européen aurait préféré « passer par des primaires plus ouvertes. » Mais François-Xavier Bellamy fait contre mauvaise fortune bon cœur et reconnaît que le vote en congrès permettra « d’avoir un vrai débat, c’est le plus important. » Ouvrir le débat, très bien, mais jusqu’à quel point ? Jusqu’à Éric Zemmour ?

« Je ne vois pas ce qui empêcherait cela » confesse le député européen, en répétant que les LR ont « besoin du débat le plus ouvert et le plus large possible. » Mais Éric Zemmour partage-t-il les valeurs de la droite et du centre, comme l’exigent les nouveaux statuts du parti pour participer à la procédure de désignation du congrès ? « Qui d’autre que les électeurs de droite peuvent dire s’il partage les valeurs de la droite ? » interroge en retour François-Xavier Bellamy.

« Éric Zemmour a le mérite de poser une question fondamentale, celle de ce qui fait que nous sommes Français. »

François-Xavier Bellamy : « Éric Zemmour a le mérite de poser une question fondamentale. »

01:06

Au niveau de ces valeurs, précisément, Éric Zemmour « a le mérite de poser une question fondamentale, qui est celle de la capacité que nous aurons de préserver ce qui nous lie, nous unit, ce qui fait que nous sommes Français. » Pour François-Xavier Bellamy, la France est en effet à la croisée des chemins et le salut passe par le rassemblement des droites : « Nous sommes à la veille d’une élection vitale de notre pays. C’est un défi de civilisation qui nous attend, on ne peut pas réduire l’espace de la discussion. » Le « suicide français » n’est pas loin.

Le député européen dresse ainsi le portrait d’un pays qui traite l’islamisme avec « lâcheté » et « complaisance » en citant l’exemple de fonds de recherche européens « utilisés par des officines proches des Frères musulmans pour financer des programmes qui, sous couvert de luttes contre les discriminations, sont en réalité une porte ouverte à cette idéologie de mort. »

Face à cette menace, la vision du champ politique de la tête de liste des Républicains aux dernières élections européennes et les alliances potentielles qui s’offre à son parti sont claires : « Emmanuel Macron n’est pas de droite, les titres de séjour diffusés en France n’ont jamais été aussi importants. […] Éric Zemmour a un discours de droite, on peut l’apprécier ou pas. » La question étant, François-Xavier Bellamy fait-il partie de ceux qui l’apprécient ? Et surtout, combien au sein des Républicains considèrent, comme lui, que « le dialogue le plus ouvert et le plus large possible » comprend « le discours de droite » du polémiste ?

Publié le : 27/09/2021 à 10:17 – Mis à jour le : 27/09/2021 à 11:19

La droite doit être une idée neuve

En ce sens, la droite doit être une idée neuve. Neuve si l’on considère la façon dont
elle fut ostracisée durant ces longues décennies où il fallait être de gauche pour paraître
moralement respectable, en phase avec son époque. Neuve, si l’on considère la manière
dont cette idée fut réduite à une approche purement matérielle visant à défendre les
privilèges des fortunés tout en maintenant implacablement l’ordre public. Neuve, enfin, si
l’on considère la façon dont certains l’utilisent aujourd’hui pour qualifier la politique du

président Macron en raison du démantèlement partiel de l’ISF, de la remise en cause des
avantages acquis des plus modestes et des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises.
Une idée neuve, donc, lorsque la droite ose rappeler ce qu’elle est : un courant de
pensée avant tout soucieux de tenir compte de la nature et du réel, très dubitatif à l’égard
de toutes les tentatives de constructions artificielles d’un paradis sur terre, mais très
conscient de la fragilité des choses humaines, et en particulier des plus précieuses d’entre
elles, que ce soit la famille, la nation, la civilité, la culture ou la civilisation. Un courant de
pensée dénonçant les menaces multiformes qui pèsent sur elles, et insistant sur l’effort
d’attention et de conservation qui s’impose en retour. Un courant pour lequel il ne s’agit pas
de conserver pour conserver, par phobie du changement ou goût de l’immobilité, mais
parce que ces réalités donnent du prix à l’existence.
Une idée neuve, pour autant que cette droite assume sans complexe la dimension
conservatrice de sa démarche, à rebours de ce progressisme politique, économique, et
sociétal qui déconstruit la France depuis quarante ans. Neuve dès lors qu’elle réaffirme
l’importance de l’autorité tout en rappelant qu’elle seule permet l’épanouissement des
libertés, et que tel est même son rôle naturel. Neuve, aussi en ce qu’elle entend faire
prévaloir l’intérêt de la France et des Français sur un nouvel humanisme dévoyé qui définit
l’ouverture des frontières comme une nécessité profonde, ou sur un intégrisme écologique
qui finit par se transformer en antihumanisme totalitaire.

Une Urgence pour la France

Aujourd’hui fragilisée et menacée, la France ne mourra pas. Un instinct vital de
conservation l’anime toute entière, un instinct de résistance et de courage qui se traduit par
une volonté politique portée par un amour inconditionnel de la France.
La grande consultation « Le conservatisme un espoir pour la France ? » a recueilli cet
instinct de conservation pour en faire le Manifeste du Conservatisme . Ce document n’est
pas une liste exhaustive ni même programmatique de mesures. Il s’agit des priorités que les
conservateurs ont identifiées pour la survie de notre pays.
Être conservateur en France aujourd’hui, c’est allier audace et protection, recherche
de la réussite et souci de tous et de chacun, volonté de croissance et respect de la nature.
C’est la volonté de construire une société durable fondée sur l’amour de la France, de
l’Europe et de notre civilisation. Nos racines nous garderont des menaces totalitaires qui
grandissent au-delà de nos frontières comme au cœur de notre société.

Fragmenté, l’électorat de droite aspire à se structurer autour d’ une pensée
équilibrée, cohérente et généreuse . La droite que nous voulons est conservatrice. Parce
que la France en a besoin, tout simplement. Entre le chaos et le néant, il y a bien une autre
voie.
La droite doit être une idée neuve