Comment Zemmour le journaliste s’est métamorphosé en Zemmour le quasi-candidat

Avec La France n’a pas dit son dernier mot, son nouvel essai, Éric Zemmour s’installe encore davantage comme un acteur central du débat public. Hier journaliste, celui qui inspirait nombre de politiques serait-il devenu leur principal concurrent ? Récit d’une mutation.Par Raphaël StainvillePublié le 30 septembre 2021 à 18h00

Eric zemmour, Jean Messiha et Philippe de Villiers à la manifestation des policiers du 19 mai 2021. Photo © MEIGNEUX / SIPA

Pour saisir au plus près l’homme qu’il est devenu, cet « acteur central du débat politique national », ainsi que devait le qualifier le CSA pour justifier sa décision de comptabiliser désormais le temps de parole d’Éric Zemmour et d’inventer pour lui l’étiquette de présumé candidat, il est nécessaire de pratiquer une certaine forme d’archéologie politique. En d’autres termes, de remonter le temps, à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Éric Zemmour n’a pas encore son rond de serviette à la télévision, il ne fait pas le bonheur de Laurent Ruquier le samedi soir, pas plus qu’il n’affole les audiences. Il n’a pas davantage d’émission à sa main sur CNews. Il ne porte pas encore de costume sombre, ni même de cravate sage. Il se fout de sa mise comme de sa première chemise. Il n’a pas encore l’idée de s’inviter dans les manifestations de policiers pour goûter à sa popularité et défier Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur. Il n’est pas considéré comme un politique et se défend encore de l’être.

C’est un simple journaliste. Un plumitif qui traîne encore un air d’adolescent que l’on aurait tiré trop tôt de son lit. Il a les cheveux en bataille. Des lunettes XXL lui barrent les yeux. Aux côtés de Bernard Stasi, le vice-président du Centre des démocrates sociaux, Éric Zemmour, emmitouflé dans une grosse écharpe en laine, déambule, un sourire canaille aux lèvres, dans les travées du parc des expositions de Villepinte, carnet de notes et crayon à la main. Le centriste est alors le seul, au nom des siens, à s’être élevé contre ce qui fait alors consensus à droite : l’arrêt de l’immigration.

Il pressent que Chiracgouvernera au centre et préférera la respectabilité et l’onction des médias aux manières fortes qu’il préconisait pour séduire les classes populaires du RPR

Éric Zemmour a 32 ans. Il est journaliste politique depuis peu, mais le rubricard du Quotidien de Paris a compris avant tous ses confrères que ni Jacques Chirac, ni Alain Juppé, ni Jacques Toubon qui se gorgent de mots et font assaut de mesures définitives et audacieuses à la tribune n’iraient jamais au bout de leur programme belliqueux. Nous sommes en avril 1990. Éric Zemmour apparaît furtivement à l’écran lors d’un reportage télévisé consacré aux assises de l’immigration. Il n’a pas encore écrit le Livre noir de la droite, mais il anticipe déjà la trahison de ses chefs. Jacques Chirac n’est pas encore installé à l’Élysée, mais déjà Éric Zemmour pressent qu’il gouvernera au centre et préférera la respectabilité et l’onction des médias aux manières fortes qu’il préconisait pour séduire les classes populaires du RPR.

Cette prescience, Éric Zemmour la doit à la proximité qu’il parvient à établir avec les hommes et les femmes qui font et défont la politique. « Je n’avais cure de l’info », admet-il aujourd’hui. « Je m’en suis toujours moqué », exagère-t-il même, comme oublieux qu’il fut à l’origine de quelques scoops retentissants. Dans l’Homme qui ne s’aimait pas, qu’il publie en 2002, le journaliste révèle que Jacques Chirac a rencontré secrètement Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988.

Éric Zemmour est devenu un familier de Montretout. Il ne fait pas mystère de ces visites quand ses confrères taisent fréquenter le domaine de Le Pen. Pour ce fan inconditionnel des Rolling Stones, qui confesse volontiers que sa chanson préférée est Sympathy for the Devil, souper avec le diable à des parfums de nectar.

Mais le plus souvent, plutôt que de traquer la petite phrase, de chasser le buzz, de s’enivrer de l’écume des choses, le journaliste a d’abord le souci de comprendre l’âme de celui qui lui fait face et de saisir les grands mouvements qui travaillent la France.

Ceux qui le côtoient alors se souviennent d’un jeune homme curieux de tout, pétillant d’intelligence. Julien Dray, qui partage avec Éric Zemmour le souvenir brûlant de leurs racines algériennes, l’initie « aux arabesques politiques, son art du billard à dix bandes ». Juju est bavard et ne manque pas une occasion de mettre en scène son savoir-faire d’agitateur public qui vaudra au fondateur de SOS Racisme le surnom de “baron noir”. Ils ne sont d’accord sur rien ou pas grand-chose, mais ils s’estiment suffisamment pour que leurs différences n’entachent pas la relation féconde qu’ils entretiennent.

Juju, Camba et Méluche

Éric Zemmour aime ces personnages conspirateurs, blanchis sous le harnais des cellules trotskistes et lambertistes. Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Luc Mélenchon comptent parmi ceux qui longtemps ont discouru avec Éric Zemmour. « Il m’estimait à son niveau », s’amuse Camba. À l’occasion, ils usent de l’entregent du journaliste, dont ils connaissent l’influence et les réseaux, pour les introduire auprès d’autres cercles.

En 2008, le sénateur de l’Essonne, qui s’apprête à claquer la porte du Parti socialiste pour créer un nouveau parti de gauche s’aventure à demander à Zemmour de le présenter à Henri Guaino et Patrick Buisson qui sont devenus des piliers de l’Élysée. « Je devine, à quelques réflexions elliptiques, qu’il rêve de reconstituer la grande alliance gaullo-communiste, héritée de la guerre, qui domina la vie politique dans les années 1960 », écrit Éric Zemmour. Il conduit Mélenchon au restaurant de l’Institut du monde arabe, fait les présentations avec le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et s’éclipse.

Au mois d’août de la même année, Éric Zemmour le reçoit encore à la Petite Malmaison, l’ancienne résidence de l’impératrice Joséphine, pour fêter son cinquantième anniversaire en grande pompe. Il y retrouve Juju et Camba, Guaino et Nicolas Domenach, qui est devenu son punching-ball préféré. Des jeunes gens en uniforme de grenadier de l’Empire accueillent les invités. Une bordée de canon est tirée. Le journaliste qui goûte aux trompettes de la renommée depuis que Laurent Ruquier lui a donné une place de choix « à son dîner de con », chaque samedi soir, sur France 2, s’enivre de la réussite de cette fête napoléonienne. Pour ses invités, déjà, Éric Zemmour a troqué ses habits de journaliste pour ceux de polémiste.

Zemmour, une marque plus puissante que le Figaro

Ils ne le regardent plus tout à fait de la même manière. Les Français aussi qui découvrent, à défaut de l’avoir lu, un animal cathodique. Ses prestations télévisées sont commentées à la machine à café. Zemmour n’est pas encore un homme politique, mais il est déjà une marque presque plus puissante que ses employeurs.

Le 25 mars 2010, le bruit court que la direction du Figaro a fait parvenir à Éric Zemmour une lettre recommandée pour un entretien préalable à un licenciement. En pleine promotion de son ouvrage Mélancolie française, vaste réflexion désenchantée sur l’histoire de France, Éric Zemmour est accusé d’avoir dérapé chez Ardisson. Le site Fdesouche, le premier, se fait l’écho de cette menace et mobilise bientôt tous les fans du journaliste. En quelques heures, plusieurs centaines de sympathisants d’Éric Zemmour se rassemblent devant le 14 boulevard Haussmann et ovationnent l’éditorialiste vedette du Figaro Magazine. Une banderole est déployée devant l’entrée principale du journal : “Faites Zemmour, pas la guerre”. Les enfants de Zemmour ne se privent pas du plaisir de détourner les slogans des anciens de Mai 68. Étienne Mougeotte est contraint de faire machine arrière.

Éric Zemmour le sait, il est sous surveillance. Sous surveillance des politiques. Sous surveillance des associations antiracistes. Sous surveillance des juges. Sous surveillance de ses confrères, qui jalousent ses succès et rêvent qu’on lui coupe le micro. La victoire de François Hollande, deux ans plus tard, le condamne à l’isolement. Le président socialiste est probablement le premier à le considérer comme un véritable opposant politique. Lui qui fut son professeur à Science Po et appréciait de pouvoir le retrouver à la terrasse du Café de Flore ne souffre pas l’idée de le recevoir au Palais. Mitterrand aimait à recevoir Jean d’Ormesson ; Hollande a affiché son mépris et son sectarisme.

La rupture est également consommée avec Jean-Luc Mélenchon. Elle sera officielle et théâtralisée en 2014 à l’occasion de la sortie du Suicide français« Avec le succès de ton livre, tu es devenu l’intellectuel organique de la droite. Je veux donc apparaître comme l’opposant principal de cette nouvelle droite que tu incarnes. Je te propose un débat entre nous. » Éric Zemmour accepte l’idée. Après tout, n’est-il pas devenu cette figure incontournable de ce que Patrick Buisson appellera alors la droite hors-les-murs ? De la droite tout court.

En octobre 2012, il n’est pas jusqu’à Xavier Bertrand qui ne sollicite ses conseils alors qu’ils déjeunent chez Thiou, un restaurant asiatique en vogue, situé près du quai d’Orsay. « Que proposerais-tu pour une campagne présidentielle en matière d’immigration qui fasse vraiment choc ? », l’interroge Bertrand. Et tandis que le conseiller de l’ombre déroule son programme, Xavier Bertrand ajoute : « Tu oublies toute la protection sociale, c’est le plus important : rétablir la préférence nationale pour toutes les mesures de solidarité comme les allocations familiales ou l’aide au logement. » À croire qu’Éric Zemmour a pris en otage le cerveau des dirigeants de l’UMP. Laurent Wauquiez prend des notes lorsqu’il reçoit l’essayiste, relevant jusqu’aux plus anodins de ses propos. Thierry Mariani écoute en boucle les podcasts de son ancienne émission de RTL qu’il a téléchargés sur son smartphone. « Il y a toujours des idées à reprendre », confessait-il à l’Express.

Quand Sens commun teste ses intentions

En février 2016, bien avant que Sens commun ne se décide à soutenir François Fillon lors de la primaire de la droite et du centre, c’est vers Éric Zemmour que ce mouvement conservateur se tourne « pour se débarrasser de Juppé et Sarkozy ». Déjà, Éric Zemmour avoue s’être défendu avec « mollesse ». L’idée trotte, prospère et prend d’autant plus de consistance que « les circonscriptions lectorales » dont il pouvait se flatter à la sortie de chacun de ses livres se sont renforcées de bataillons de téléspectateurs, qui, soir après soir, avec une fidélité déconcertante, sont venus grossir les audiences de CNews.

Il a découvert la politique avec Jean-Pierre Chevènement, avec Charles Pasqua et Philippe Séguin. Il a pris des trains, des avions, des voitures, partagé des dîners, des coupes de champagne avec eux. Mais comme il l’écrit en préambule de son dernier ouvrage, « le monde de géants de ma jeunesse est devenu un monde de nains ». À force, il s’est convaincu qu’il avait peut-être un destin qui l’attendait, que le journalisme politique préparait le candidat que beaucoup espèrent.

« C’est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source », écrivait Jaurès. Comment ne serait-il fidèle à ce qu’il a si bien su définir ? « J’ai toujours pensé que la politique, écrit-il, c’est tenter de préserver ce que nos anciens ont construit, c’est-à-dire un chef-d’œuvre appelé France, pour le transmettre à ceux qui nous suivront sur cette terre. » Mieux qu’un programme, une vision dont les politiques sont pour la plupart dépourvus…

Les militants de l’UNI en faveur d’une candidature Zemmour

Le syndicat étudiant de droite proche des Républicains semble attiré par une candidature Zemmour compte tenu de la « centrisation » de Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Par Kévin TanguyPublié le 29 septembre 2021 à 7h00

Eric Zemmour semble attirer la jeunesse de droite au détriment des candidats Républicains. ©BUFKENS CEDRIC/SIPA

« La base LR demande autre chose mais ses chefs regardent ailleurs », a dénoncé dimanche Eric Zemmour, invité à s’exprimer lors de la Journée du conservatisme, organisée par le Mouvement Conservateur (anciennement Sens commun). Le journaliste pas encore candidat en a profité pour vilipender la direction du parti de droite. « LR est devenu depuis longtemps un parti de notables centristes qui a trahi l’héritage du général de Gaulle », a-t-il ajouté. A peine son discours terminé, l’éditorialiste se hâtait dans les escaliers du théâtre Armande Béjart, à Paris, pour rejoindre la sortie, tout en prenant le temps de serrer les mains qui se tendaient vers lui. En arrivant près de la sortie, sous les cris des sympathisants « Zemmour, Zemmour, Zemmour », ce dernier s’est arrêté devant le stand de l’Union nationale interuniversitaire (UNI). Pas mécontents de le voir approcher, les militants du syndicat étudiant lui ont tendu une affiche qu’Eric Zemmour a dédicacé avec plaisir. Ils ont déjà prévu de l’encadrer et de l’accrocher au siège de leur syndicat. « Fais gaffe que ça ne s’efface pas ! », ont même supplié certains dans des groupes de conversation privée. Mais comment expliquer l’engouement de ces jeunes pour l’ancien chroniqueur de Face à l’info alors que leur syndicat est réputé proche des Républicains ? 

« La droite fière de ses valeurs »

A propos de la candidature Zemmour, les militants de l’UNI marchent sur des œufs. La structure ne soutient aucun candidat et les militants sont libres de leur choix. « On ne soutient personne, on soutient des idées. Notre rôle est de faire avancer tout le monde dans le même sens, peu importe qui porte nos idées », veut rassurer le président de l’UNI, Olivier Vial. Mais il faut avouer que la question s’est rarement posée pour ces jeunes de droite. Certains confient que jusqu’à François Fillon, tous les candidats de la “droite traditionnelle” assumaient des idées fortes. « Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ne répondent pas aux aspirations d’une jeunesse de droite qui en a marre de la langue de bois et qui veut défendre fièrement ses convictions sans demi-mesure », affirme ainsi Jacques Smith délégué national de l’UNI. Les attentes des militants sont grandes et le duo Bertrand-Pécresse ne les satisfait pas, tout comme Marine Le Pen. « L’offre politique actuelle ne correspond pas aux attentes de la jeunesse de droite, c’est pour cela qu’elle rejoint l’UNI pour prendre une pile de tracts, combattre la gauche sur le terrain et mener le combat idéologique dans les universités », ajoute Jacques Smith. Une seule personne semble pouvoir combler ce vide immense aujourd’hui : Eric Zemmour. 

Certains voient dans l’éditorialiste le combat qu’ils mènent chaque jour dans les universités. Les déclarations du presque candidat viennent percuter le réel et permettent de libérer la parole. « Les jeunes sont confrontés tous les jours à la domination des étudiants et professeurs woke. Le fait que Zemmour puisse s’exprimer librement a créé un engouement autour de lui auprès des étudiants de droite », confie un militant de l’UNI, qui souhaite garder son anonymat. Le mot “orphelin” revient dans la bouche de nombreux militants, qui avaient espéré une candidature du président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Les jeunes de droite, soucieux de sauver leur pays, leur culture, leur civilisation sont orphelins, notamment après que Wauquiez est décidé de ne pas y aller », souffle ainsi le délégué national de l’UNI, Jacques Smith. Dès lors, Eric Zemmour est la seule personne à leurs yeux à pouvoir s’engager dans la bataille présidentielle. Depuis que la candidature de Zemmour ne fait plus de doute, le syndicat constate même une augmentation du nombre de ses adhérents. Cependant le président de l’UNI s’interroge : « Est-ce que la sympathie va se transformer en vote ? » Pour lui, il est « trop tôt pour avoir une vraie analyse ».

Pourtant, l’éditorialiste avait été invité de manière chaleureuse au siège des Républicains. Laurent Wauquiez avait même déclaré lors de le conférence « vous êtes ici chez vous ». Entre temps, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont décidé de quitter le parti, en divergence avec la “ligne Wauquiez”. « Par stratégie électorale, ils se centrisent pour concurrencer Emmanuel Macron », détaille Jacques Smith. Le choix de Valérie Pécresse d’aller débattre avec le député communiste Fabien Roussel à la fête de l’Humanité tout en refusant de participer à la Journée du conservatisme a laissé un goût amer. Mais alors pourquoi la direction LR bascule-t-elle au centre alors que sa base militante penche bien plus à droite ? Il faut dire le traumatisme des élections européennes de 2019, avec les 8 % récoltés par la tête de liste François-Xavier Bellamy et sa ligne conservatrice, reste encore dans toutes les esprits. Les études d’opinion publiées récemment confirment qu’Eric Zemmour capte les électeurs qui avaient voté pour François Fillon en 2017. Pour les militants de l’UNI, l’accueil réservé au polémiste dimanche dernier, au cours de la Journée du conservatisme, est en tout cas une preuve concrète de compatibilité. L’avenir dira si leur stratégie était la bonne.

Hypermind – Zemmour devance Le Pen et Bertrand

Le marché prédictif présidentiel Hypermind- « Le Point » estime qu’Éric Zemmour a plus de chances de gagner l’élection que Marine Le Pen ou Xavier Bertrand.

Eric Zemmour s'empare de l'electorat de Marine Le Pen.
Éric Zemmour s’empare de l’électorat de Marine Le Pen.© STEPHANE DE SAKUTIN, STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Par Émile Servan-Schreiber (*)Publié le 29/09/2021 à 09h20

Il y a deux façons d’observer l’évolution des candidatures à l’élection présidentielle. Via le prisme des sondages du jour sur les intentions de vote, on apprend que, si l’élection avait eu lieu hier, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seraient qualifiés pour le second tour. Xavier BertrandJean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour rivaliseraient pour la troisième place, mais seraient éliminés dès le premier tour.

L’autre façon d’appréhender l’élection est de se projeter jusqu’au printemps 2022 en se demandant qui a le plus de chances d’être élu(e) à ce moment-là. C’est la question que se posent les centaines de pronostiqueurs de notre marché prédictif présidentiel, et leurs prévisions collectives éclairent la course à l’Élysée sous un jour différent.

Le Pen remplacée par Zemmour

Le président fait toujours figure de grand favori à sa succession, avec une cote stabilisée depuis le printemps au-dessus de 60 % de chances de gagner. Mais c’est Zemmour que le marché place désormais en challenger désigné avec 14 % de chances. Si l’écart avec Macron est encore énorme, les chances du polémiste sont, en revanche, déjà plus du double de celles de Le Pen ou de Bertrand, à 6 % chacun.

Pour les pronostiqueurs, la fatalité d’un duel de second tour entre Macron et Le Pen semble aujourd’hui une idée désuète. Ce matin, ils n’accordent à cette dernière qu’une chance sur trois (34 %) de figurer au second tour, contre 95 % pour Macron. Il y aurait donc deux chances sur trois que quelqu’un d’autre affronte le président au second tour. Le marché estime aujourd’hui à 80 % les chances que Zemmour se déclare officiellement candidat. Si celui que d’aucuns considéraient hier comme un « clown » devait céder à la tentation, il ne ferait plus rire personne.

À LIRE AUSSIÉric Zemmour : « Les candidats commencent à courir après mes idées »

Rappel sur la méthode

Le marché prédictif est une plateforme de paris (virtuels) en ligne conçue pour prévoir le futur en interrogeant l’intelligence collective. Chaque prévision est cotée sous la forme d’actions qui s’échangent sur le marché. Si la prévision est avérée, son action vaudra 100 points ; si elle ne l’est pas, son action ne vaudra rien. Le prix d’une prévision – qui évolue avec l’actualité – reflète ainsi sa probabilité de réalisation à terme. Sept cents traders participent aux pronostics présidentiels mentionnés dans cet article.

Pour participer au marché prédictif présidentiel Hypermind- Le Point, rendez-vous sur http://lepoint.hypermind.com. Participation gratuite et 5 000 euros à gagner.

(*) Émile Servan-Schreiber dirige l’institut prédictif Hypermind-« Le Point ». Il est professeur à l’École d’intelligence collective de l’université Mohammed-VI-Polytechnique et auteur du livre « Supercollectif : la nouvelle puissance de nos intelligences » (Fayard, 2018).

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Présidentielle 2022 : un sondage donne Eric Zemmour au coude-à-coude avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Selon un explosif sondage Harris-Interactive publié mardi 28 septembre, Eric Zemmour dépasse désormais les 13% d’intentions de vote, soit le même score que le leader LFI, tandis que Marine Le Pen chute à 16%.Par valeursactuelles.comPublié le 28 septembre 2021 à 17h21

Eric Zemmour à la Journée du Conservatisme, 26 septembre 2021 © BUFKENS CEDRIC/SIPAPartager cet article surFacebookTwitterLinkedIn

Le chiffre bruissait dans toutes les rédactions depuis hier soir, lundi 27 septembre. Sur le plateau de l’Heure des pros, Pascal Praud le qualifiait même de possible « déflagration ». La rumeur est désormais confirmée : un sondage de l’institut Harris-Interactive, publié dans l’après-midi du mardi 28 septembre, crédite Eric Zemmour de 13 à 14% des intentions de vote, en vue de l’élection présidentielle de 2022.A LIRE [Saint Clair] Éric Zemmour face au défi de l’assimilation

Un score particulièrement haut, augmentant de 2 à 3 points un précédent sondage daté du 23 septembre dernier. L’estimation d’Harris-Interactive souligne, plus que jamais, la massive dynamique dont bénéficie l’ancien journaliste du Figaro et de CNews depuis la rentrée. Au début du mois de septembre, encore, Eric Zemmour était, en effet, crédité de 5 à 7% des intentions de vote.

Marine Le Pen s’effondre, Mélenchon remonte

Forcément, la poussée d’Eric Zemmour se fait aux dépens de Marine Le Pen et du Rassemblement national (RN), dont la dynamique fonctionne presque en miroir de celle du journaliste. L’ancienne présidente du RN, qui a laissé la direction du parti à Jordan Bardella le 13 septembre dernier, frôlait les 23% d’intentions de vote il y a un mois. Elle dégringole désormais à 16%, non loin du score d’Eric Zemmour. Son principal rival, Emmanuel Macron, reste relativement stable, et bénéficierait d’entre 23 et 26% des faveurs des Français. Dernière « déflagration », enfin : Jean-Luc Mélenchon suit l’ascension d’Eric Zemmour, et atteint également 13 ou 14% des intentions de vote — une progression qui suit justement le débat qui l’a opposé au journaliste sur BFM TV, jeudi 23 septembre.

Eric Zemmour

Je reviens sur la soudaine décision du gouvernement d’@EmmanuelMacron de réduire drastiquement les visas pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Retrouvez l’intégralité de ma réaction sur ma chaîne YouTube :
https://youtu.be/xpNDywOuLjI

Présidentielle 2022 : un sondage donne Zemmour au coude-à-coude avec Bertrand, dans un mouchoir avec Le Pen

L’étude, réalisée par Harris Interactive, indique que le polémiste devancerait la droite en cas de candidature de Valérie Pécresse ou Michel Barnier.

Le ticket d’entrée pour le second tour est plus serré que jamais. Tandis qu’Emmanuel Macron caracole en tête des intentions de vote (23% à 24%) dans presque tous les sondages, le jeu pour la deuxième place apparaît de plus en plus incertain. Selon une étude Harris Interactive pour Challenges , publiée mardi, Éric Zemmour vient semer le trouble en continuant sa progression.À découvrir

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Testé à 13%, le polémiste est donné au coude-à-coude avec l’ex-LR Xavier Bertrand (14%), et dans un mouchoir avec Marine Le Pen (16%). En cas de candidature de l’ex-LR Valérie Pécresse (12%) il passerait alors devant la droite (13%). Écart qui se creuserait encore plus (14%) si c’est le LR Michel Barnier (8%) qui était choisi pour représenter sa famille politique.

Mélenchon en tête à gauche, devant Hidalgo, Jadot et Montebourg

Quel que soit le scénario, la candidate RN plafonnerait quant à elle à 16% des voix, soit douze points de moins qu’au début du mois de juin (28%). Une mauvaise dynamique qui la laisse de marbre, comme elle ne manque jamais de le rappeler en petit comité. «Je garde le calme des vieilles troupes», a-t-elle coutume de répéter lorsqu’elle est interrogée sur les enquêtes d’opinion.

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À gauche, enfin, seul Jean-Luc Mélenchon peut se satisfaire des résultats. Avec 13% (+3 par rapport au début du mois de septembre), le leader de la France Insoumise s’impose en distançant la socialiste Anne Hidalgo (7%), l’écologiste Yannick Jadot (6%), et le souverainiste Arnaud Montebourg (2%). Reste à savoir s’il bénéficiera d’un report des voix des soutiens de Sandrine Rousseau.

ÉRIC ZEMMOUR: “LES RÉPUBLICAINS JOUENT LES CHOCHOTTES”

Eric Zemmour, interrogé au cours d’un déplacement ce dimanche, estime que “les Républicains jouent les chochottes”.

Qu’il plaise ou non, Eric Zemmour a souvent le sens de la formule. Et sa dernière sortie ne va pas plaire du tout aux Républicains… Le polémiste, qui multiplie les interviews mais ne s’est pas encore déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2022, a déclaré que les Républicains “jouent les chochottes”.

Éric Zemmour participait à la journée du Conservatisme à Asnières dans les Hauts-de-Seine ce dimanche. Interrogé au milieu de la foule par un journaliste, il répète pourquoi il faut – selon lui – une union de la droite et de l’extrême-droite pour les élections. “Il faut réunifier les droites, je le dis depuis 20 ans. Et c’est pas en jouant les chochottes qu’on  va les réunir”, a expliqué Eric Zemmour. Relancé par le journaliste pour savoir si, actuellement, les Républicains jouaient les chochottes, le polémiste a répondu : “Ben oui

François-Xavier Bellamy ne ferme pas la porte à la participation d’Éric Zemmour au congrès LR

Invité de la matinale de Public Sénat, François-Xavier Bellamy est revenu sur le futur congrès des Républicains qui désignera le candidat de sa famille politique


F-X. Bellamy : « Je ne vois pas ce qui empêcherait » la participation d’E. Zemmour au congrès LR

01:35

Zemmour or not Zemmour ? Difficile pour Les Républicains d’esquiver la question de leur rapport au polémiste, au moment où la droite s’apprête à désigner son candidat pour la prochaine élection présidentielle. La direction du parti semble vouloir écarter la possibilité d’un rassemblement des droites sous les bannières du chantre du « suicide français. » Mais, à entendre François-Xavier Bellamy, tout le monde n’est pas de cet avis au sein de LR.

« Qui d’autre que les électeurs de droite peuvent dire s’il partage les valeurs de la droite ? »

Sur la procédure, le député européen aurait préféré « passer par des primaires plus ouvertes. » Mais François-Xavier Bellamy fait contre mauvaise fortune bon cœur et reconnaît que le vote en congrès permettra « d’avoir un vrai débat, c’est le plus important. » Ouvrir le débat, très bien, mais jusqu’à quel point ? Jusqu’à Éric Zemmour ?

« Je ne vois pas ce qui empêcherait cela » confesse le député européen, en répétant que les LR ont « besoin du débat le plus ouvert et le plus large possible. » Mais Éric Zemmour partage-t-il les valeurs de la droite et du centre, comme l’exigent les nouveaux statuts du parti pour participer à la procédure de désignation du congrès ? « Qui d’autre que les électeurs de droite peuvent dire s’il partage les valeurs de la droite ? » interroge en retour François-Xavier Bellamy.

« Éric Zemmour a le mérite de poser une question fondamentale, celle de ce qui fait que nous sommes Français. »

François-Xavier Bellamy : « Éric Zemmour a le mérite de poser une question fondamentale. »

01:06

Au niveau de ces valeurs, précisément, Éric Zemmour « a le mérite de poser une question fondamentale, qui est celle de la capacité que nous aurons de préserver ce qui nous lie, nous unit, ce qui fait que nous sommes Français. » Pour François-Xavier Bellamy, la France est en effet à la croisée des chemins et le salut passe par le rassemblement des droites : « Nous sommes à la veille d’une élection vitale de notre pays. C’est un défi de civilisation qui nous attend, on ne peut pas réduire l’espace de la discussion. » Le « suicide français » n’est pas loin.

Le député européen dresse ainsi le portrait d’un pays qui traite l’islamisme avec « lâcheté » et « complaisance » en citant l’exemple de fonds de recherche européens « utilisés par des officines proches des Frères musulmans pour financer des programmes qui, sous couvert de luttes contre les discriminations, sont en réalité une porte ouverte à cette idéologie de mort. »

Face à cette menace, la vision du champ politique de la tête de liste des Républicains aux dernières élections européennes et les alliances potentielles qui s’offre à son parti sont claires : « Emmanuel Macron n’est pas de droite, les titres de séjour diffusés en France n’ont jamais été aussi importants. […] Éric Zemmour a un discours de droite, on peut l’apprécier ou pas. » La question étant, François-Xavier Bellamy fait-il partie de ceux qui l’apprécient ? Et surtout, combien au sein des Républicains considèrent, comme lui, que « le dialogue le plus ouvert et le plus large possible » comprend « le discours de droite » du polémiste ?

Publié le : 27/09/2021 à 10:17 – Mis à jour le : 27/09/2021 à 11:19

Son projet, ses premières mesures… Voici à quoi ressemblerait une candidature d’Eric Zemmour à l’Elysée

Candidat probable à l’Elysée, le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour publie jeudi « La France n’a pas dit son dernier mot » (Editions Rubempre), dans lequel il affirme vouloir « agir » contre le déclin supposé du pays. Ses premières propositions sont tournées uniquement autour de l’immigration et de l’islam.

Eric Zemmour n’est pas encore candidat à la présidentielle de 2022. « C’est moi qui choisis le moment », a-t-il fait valoir mardi matin sur RTL, convenant qu’il était actuellement dans une situation « ambiguë » mais qu’il pouvait « faire durer » le suspense tant qu’il le voulait. Le polémiste d’extrême droite, qui vient de cesser son activité de chroniqueur au Figaro puis sur la chaîne CNews, multiplie les prises de parole à l’occasion de la sortie de son nouveau livre, La France n’a pas dit son dernier mot (Editions Rubempre). L’ouvrage se veut la chronique du déclin du pays, contre lequel le journaliste veut désormais « agir ». Cette étape, qui sera accompagnée d’une tournée, est pensée comme le prélude à une campagne électorale, même si Eric Zemmour prévient qu’il ne sera « pas une candidature de témoignage ». 

Crédité pour la première fois mardi de 10% des intentions de vote dans un sondage Harris Interactive, le presque-candidat profite en tout cas de cette rentrée pour décliner son projet politique et ses premières propositions, qu’il souhaite résolument radicales.

Son constat : un « changement de civilisation » menace la France 

Benjamin Morel: «Éric Zemmour veut ressusciter le RPR»

Par Aziliz Le CorrePublié hier à 19:24

Éric Zemmour. AFP

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Alors que le polémiste maintient le doute quant à la possibilité de sa candidature à l’élection présidentielle, l’universitaire et analyste politique estime qu’Éric Zemmour cherche à incarner un retour au politique.

Benjamin Morel est maître de conférences en Droit public à l’Université Paris II Panthéon-Assas.


FIGAROVOX. – En relançant le débat sur les prénoms, Éric Zemmour cherche-t-il à se présenter comme un candidat de rupture ?

Benjamin MOREL. – Pas certains que ce soit d’abord la rupture qui fasse l’utilité pour lui de cette prise de position. Sur ce thème, comme sur le rôle de la femme dans la société, Éric Zemmour paraît très minoritaire. N’importe quel conseiller en communication un peu sensé lui intimerait de passer ce type de marotte sous silence, d’autant qu’il n’en a pas besoin pour exister médiatiquement.

Toutefois, c’est également un discours qu’il tient depuis des années. Qu’on l’approuve ou qu’il nous révulse, il faut faire crédit à Éric Zemmour de constance et de conviction. Et c’est là toute la force politique de ces propos. Stratégiquement, ils ne devraient pas être tenus, mais ils le sont tout de même, car pour lui les idées semblent l’emporter sur la stratégie. C’est là une posture à l’effet potentiellement explosif. Nous vivions une crise profonde du politique et l’électorat a été déçu par les renoncements de ses dirigeants. Actuellement, les candidats LR entrent dans une surenchère, aussi convenue que gratuite, de propositions sur le régalien et l’immigration. Qui peut

penser qu’avec un candidat de droite élu un référendum aura lieu sur la politique migratoire alors que c’est formellement constitutionnellement impossible et matériellement très contraint par les traités ? Qui peut penser que, l’ancien commissaire européen Michel Barnier élu, il mettra l’Europe en crise en contestant la compétence de la CJUE et de la CEDH ? Alors que Marine Le Pen a renoncé à une grande partie de son programme depuis 2017, comment envisager qu’elle lance un bras de fer avec les juges et l’Europe, pourtant, selon elle, naguère, nécessaire à l’application de son projet ? Devant de telles gesticulations stratégiques, Éric Zemmour campe une radicalité provocante, mais désarmante, qui met en porte à faux ses rivaux. Les mots semblent retrouver un poids et préfigurer une politique. Dans une période de crise profonde où les électeurs ne croient plus dans la parole publique, un tel positionnement peut être dévastateur.

Comme Trump est parvenu à incarner aux yeux de l’Amérique l’entrepreneur qui réussit, Zemmour a su camper la position de l’intellectuel qui se résout à l’action devant l’adversité du siècle.Benjamin Morel

Si d’aventure il avait ses parrainages, peut-il faire figure de «Trump français» ?

Comparaison n’est pas raison. Le phénomène Trump est caractéristique de la société américaine, de son identité profonde, structurelle et subconsciente. La société française est très différente. Au-delà d’une forme de radicalité, qui force ses adversaires à condamner, et donc à se positionner par rapport à lui, Éric Zemmour est difficilement comparable à Trump. C’est d’ailleurs une façon de comprendre les raisons du son succès.

Pourquoi Zemmour ? Pourquoi pas Onfray, Ménard, Raoult ou Hanouna ? Il y a d’abord une question d’éthos. Comme Trump est parvenu à incarner aux yeux de l’Amérique l’entrepreneur qui réussit, Zemmour a su camper la position de l’intellectuel qui se résout à l’action devant l’adversité du siècle. Cette mise en récit est puissante, car très adaptée à la culture politique nationale. Il faut ensuite noter qu’Éric Zemmour est sans doute l’homme politique, puisqu’il faut maintenant le qualifier ainsi, qui, avec Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, a le mieux compris les fondations politiques du pays. Chacun en tire des programmes et positionnements très différents.

Toutefois, ils ont tous trois saisi que la France était d’abord un État qui s’était constitué en Nation. Devenir chef de l’État, c’est incarner la puissance de ce dernier comme instrument d’action politique. Ce n’est pas, surtout pas, gérer, c’est projeter. C’est mettre au cœur de son discours non tant un programme que la reconquête d’une capacité collective à agir sur le réel (par l’Europe pour Macron, la révolution institutionnelle et sociale pour Mélenchon, le retour à une forme de gaullo-bonapartisme pour Zemmour). De leur côté, la droite et le PS sont devenus des syndicats d’élus locaux et de relais sociaux économiques ne rêvant que de limiter et restreindre l’État. EELV de son côté est viscéralement rétive au pouvoir. Reste le RN, qui ne sait pas trop où se situer ; preuve en est la mise en avant de la notion de liberté quand son électorat est d’abord en demande d’autorité. Sur son segment électoral, Zemmour est donc seul à proposer un récit cohérent de retour au politique.

Si la stratégie d’Éric Zemmour peut mordre sur une partie des classes moyennes et supérieures, l’orientation très « nationale libérale » qu’il semble vouloir donner à sa campagne, et dont semble témoigner son entourage, pourrait bien l’empêcher d’attirer plus largement.Benjamin Morel

Les propositions très clivantes d’Éric Zemmour sont-elles un moyen de polariser le débat autour de sa personne ? Cette stratégie peut-elle s’avérer gagnante ?

Disons que si elle représente indéniablement une originalité qui peut permettre de lancer une dynamique, elle en limite aussi la portée. Ce type de propos m’apparaît très minoritaire dans l’opinion. Les tenir, c’est donc faire le pari qu’une partie substantielle de votre propre électorat potentiel est capable de passer outre… donc, lui donner des gages forts sur le reste.

Il faut croire qu’Éric Zemmour souhaite réaliser une synthèse électorale entre bourgeoisie patriote et classe populaire sur le modèle de l’ancien RPR. Ce n’est pas si simple, car le gaullisme charriait une forte identité politique qui soudait ensemble des intérêts parfois contraires. Si la stratégie d’Éric Zemmour peut mordre sur une partie des classes moyennes et supérieures, l’orientation très «nationale libérale» qu’il semble vouloir donner à sa campagne, et dont semble témoigner son entourage, pourrait bien l’empêcher d’attirer plus largement. Pour dépasser les 10 %, il faut sans doute être un peu moins Marion Maréchal et un peu plus Arnaud Montebourg. Dans le baromètre Ipsos sur les fractures françaises publié en septembre 2021, l’avenir du système social est ce qui préoccupe le plus des Français (46 %), devant les questions plus identitaires. Les prolétaires ont certes une patrie, ils ont aussi un estomac et des crédits à rembourser.